Pétrole de fermentation

Le pétrole de fermentation peut être produit partout

Dr Jean Laigret et le Bacille perfringens

Extrait d’un article tiré de Science et Vie de 1949.

A Tunis, le Dr Jean Laigret a obtenu du pétrole par l’action d’un ferment, le bacille “perfringens” sur les matières organiques les plus diverses. Cette découverte qui élucide le problème de la formation du pétrole naturel peut provoquer une révolution économique. Elle apporte un prestige nouveau à l’Institut Pasteur de Tunis, dont le directeur, Charles Nicolle (1866-1936), avait reçu le prix Nobel de médecine en 1928.

Pétrole de synthèse

En 1943, à l’Institut Agronomique d’Alger, deux ingénieur, MM. Ducellier et Ismann, s’efforçent de mettre au point un procédé de production de “gaz de ferme” ou méthane obtenu par fermentation du fumier. “Méthane” est l’un des noms du gaz des maris. En laboratoire, on l’obtient assez aisément; mais lorsqu’ils opèrent sur de grandes quantités et en utilisant des déchets, les techniciens algérois constatent que leur production est constamment interrompue ou gênée par des incidents dont ils ne parviennent pas à démêler la cause. A la même époque, le Dr Laigret était professeur de bactériologie à la Factulté de médecine d’Alger. Né à Blois en 1893, il a fait ses études à l’Ecole de Santé navale de Bordeaux et, après un séjour aux institus Pasteur de Brazzaville et de Saïgon, s’est signalé à Dakar par des recherches sur la fièvre jaune. Charles Nicolle l’a appelé à Tnus pour l’aider dans les travaux qui devaient aboutir à la mise eu point du vaccin de la fièvre jaune.

Le gouvernement lui demanda d’étudier le comportement des diverses bactéries qui intervenaient dans la formation du gaz du fumier. Il ne tarda pas à se convaincre que la production de ce gaz n’était perfectible qu’au stade de l’exploitation industrielle.

Mais il fut ainsi amené à observer l’action d’un des bacilles anaérobies les plus communs dans la nature, le bacille perfringens. Les bacilles anaérobies sont des microorganismes capables de vivre dans un milieur privé d’oxygène. Le perfringens possède déjà une certaine notoriété: c’est en effet l’un des microbes les plus importants de la grangrène gazeuse; d’autre part, son action de ferment destructeur de la matière organique aux dépens de laquelle il produit du gaz carbonique et de l’hydrogène est bien connue. Néanmoins, tout cela n’est rien comparé au rôle que va lui découvrir au bout de plusieurs années de recherches le Dr Laigret…

– Comptes rendus de l’Académie des sciences 1945 (extrait)
– Science et vie N°382 juillet 1949

– La biographie de Laigret sur le site de l’institut Pasteur

26/05/2008
« La Dépêche Tunisienne » du samedi 30 avril 1949 page 2

Le docteur Laigret termine à l’institut Pasteur ses recherches sur la production du pétrole (par) fermentations de matières organiques

La station d’épuration des eaux d’égouts ou le lac de Tunis produiront-ils un jour du pétrole et du gaz?

A la suite d’une révélation sensationnelle faite par la « Tunisie agricole » en 1947, tous les journaux locaux et certains journaux métropolitains diffusèrent la nouvelle qu’un savant travaillant à l’institut Pasteur de Tunis, le docteur Laigret, bien connu déjà par les travaux qui avaient abouti au vaccin de la fièvre jaune (1934) venait d’obtenir en laboratoire du pétrole en faisant fermenter des huiles et savons.

A la demande du docteur Laigret, que trop de publicité ne pouvait que gêner dans ses recherches, le silence se fit ensuite sur ses patientes expériences dont l’intérêt considérable ne pouvait échapper à personne. La consigne du silence a été levée hier seulement bien qu’un journal local ait cru pouvoir rompre peu auparavant cette consigne dont un élémentaire souci de correction imposait le respect à chacun.

Le docteur Laigret réunit en effet dans son laboratoire les représentants de la presse qui s’étaient déjà intéressés à ses travaux et leur fit une déclaration qui précisait les conditions et les conséquences probables de ses études. Voici le texte de cette déclaration:

« La presse tunisoise a été la première à annoncer, il y a un an et demi environ, ce qu’on venait de démontrer dans un laboratoire de l’institut Pasteur de Tunis : que les pétroles sont produits par une fermentation microbienne. Le microbe qui cause la fermentation « pétroléïque » était découvert, cette fermentation avait été reproduite; on avait créé des hydrocarbures, non pas par synthèse chimique, mais par le procédé même que la nature emploie pour constituer les gisements d’où l’industrie extrait les carburants indispensables à la vie moderne.

Le fait important était donc la connaissance du phénomène biologique qui engendre les pétroles naturels. Les répercutions qu’une telle acquisition étaient susceptibles d’avoir dans le domaine pratique, il était impossible encore, à l’époque, de les prévoir. On ne pouvait les envisager sans un certain vertige, ni aussi sans certains doutes.

En effet, les premiers pétroles obtenus au laboratoire l’avaient été par fermentation de l’huile d’olive : produit cher, rare, qui devait être réservé à l’alimentation et dont il n’était pas question de faire industriellement des essences pour les moteurs. Les autres huiles végétales étudiées par la suite, l’huile d’arachide, l’huile de lin, fournirent les mêmes résultats, intéressants du point de vue doctrinal mais sans portée plus précise sur le plan industriel.

Les premiers résultats dignes d’être retenus pour la pratique eurent trait à une huile peu connue : l’huile de pourghère. Sa fermentation a été étudiée sur les conseils d’un ingénieur français de l’Afrique Occidentale, M. François.

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Le pourghère est une sorte de ricin qui pousse à l’état sauvage au Soudan. Son huile est toxique, par conséquent non comestible; elle n’a pas encore trouvé d’emploi bien défini dans l’industrie. Elle s’est montrée fort intéressante dans nos essais de fermentation carburigène : 80 % du poids de cette huile est transformable en carbures.

Des essais furent faits ensuite avec des résidus d’huile d’olive, avec ces boues noires qui se déposent dans les cuves, qu’on appelle les « fonds de piles », et qui sont impropres à la consommation. Les rendements furent les mêmes qu’avec l’huile de bonne qualité.

L’étude ainsi orientée allait se continuer vers toute une série de déchets alimentaires : déchets de viande de boucherie, détritus divers les plus banaux, les pelures des oranges par exemple. Les peaux d’orange soumises à l’action du ferment pétroléïque fournissent près de 38 % de leur poids de carbures : les déchets de viande 47 %.

Le fumier dont on ne tirait jusqu’à présent comme carbure que le gaz méthane, a fourni des carbures liquides. Ceci a pour l’agriculture une importance qui n’a pas besoin d’être soulignée.

Enfin constatation qui dépasse toutes les autres, on tire des quantités importantes de pétrole des boues des égouts. Les expériences ont été faites avec les boues des égouts de Tunis. Ces boues, malgré tout ce qu’elles contiennent de sable, de graviers, d’impuretés diverses non fermentescibles, n’en ont pas moins fourni, tout venant 15 % de leur poids de pétrole brut.

En somme ce sont tous ou quasi tous les déchets de la vie humaine, de la vie animale et de la vie végétale, qui passent à l’état de carbures sous l’effet d’une fermentation convenablement conduite et rationnellement exploitée.

Rien ne peut être dit des techniques que nous utilisons. La question est tellement importante pour l’économie et la défense nationale qu’aucune indiscrétion n’est permise. On peut annoncer que les mises au point sont faites, que les recherches de laboratoire sont terminées. On peut ajouter qu’à priori, une fois les installations aménagées, le prix de revient du pétrole de fermentation sera celui du pétrole naturel diminué des frais des forages; or chacun sait qu’aujourd’hui les dépenses qui précèdent l’exploitation d’un puits sont considérables.

En d’autres termes nous allons avoir à la surface même du sol le pétrole que jusqu’à présent la nature ne fabriquait qu’en profondeur et qu’on va chercher au rotary jusqu’à trois mille mètres. Nous aurons ce pétrole en France et dans les territoires français d’outre-mer. C’est donc, en toute certitude, une grande révolution économique, et militaire aussi ne l’oublions pas, qui s’annonce. J’ai tenu à ce que le public tunisien en soit le premier averti. »

Les rendements en hydrocarbures de divers produits

Le docteur Laigret donna ensuite des précisions sur les rendements en hydrocarbures qu’il a obtenus en faisant fermenter divers produits dans son laboratoire.

Selon ses calculs les huiles végétales ont des rendements sensiblement égaux quelles que soient ces huiles. Elles donnent 800 litres de pétrole brut et 200 m3 de gaz combustible par tonne traitée.

Les déchets de viande de cuisine fournissent 450 litres de pétrole brut et 146 m3 de gaz par tonne. Les peaux séchées d’oranges et de citrons donnent 187 litres de pétrole brut et 300 m3 de gaz par tonne (dans ce cas, le rendement en gaz combustible est égal à celui d’une houille de qualité supérieure, le pétrole étant fourni en plus). Les fumiers d’animaux (lapin notamment) ont fourni 112 litres de pétrole brut et 265 m3 de gaz par tonne.

Des prélèvements faits aux divers niveaux des cuves de décantation des égouts de Tunis, il résulte qu’avec une tonne de ces déchets soumis à la fermentation on obtient 185 litres de pétrole brut et 124 m3 de gaz combustible. Mais il faut remarquer en ce qui concerne ce volume de gaz que la fermentation spontanée des égouts a éliminé au préalable une quantité inconnue et certainement importante de gaz méthane.

Les résultats d’essais sur des feuilles mortes ne sont pas encore chiffrés.

La composition moyenne des pétroles bruts obtenus par fermentation des diverses matières organiques est toujours sensiblement la même et semblable à celle des pétroles naturels. En chiffres ronds, établis d’après la moyenne des expériences, cette composition est de 40 % d’essences dites commercialement « tourisme » et « poids lourds », 45 % d’huiles lourdes constituant le « gaz oil », les « guel oils » et les graisses à moteurs, cependant que 5 % du pétrole brut se résout en gaz de cracking et qu’il reste 5 % d’eaux résiduelles très fortement ammoniacales et récupérables pour la fabrication des sulfates d’ammoniaque utiles à l’agriculture.

On peut noter encore parmi les produits de fermentation du coke. De plus, en conduisant cette fermentation d’une certaine manière, il a été possible d’obtenir à partir de gadoues un goudron et une sorte d’asphalte et à partir de l’huile de lin un brai asphaltique qui a donné à la distillation 56 % de son poids de pétrole, ce qui pourrait peut-être devenir l’origine d’une manière pratique de transporter les produits fermentés sous forme solide avant distillation.

A signaler enfin un sous produit hors du cycle de la fermentation au cours des essais sur les feuilles mortes : une résine pouvant constituer un excellent vernis.

Et le docteur Laigret acheva son exposé en procédant à la distillation d’un brai obtenu par fermentation, distillation qui donnait du pétrole brut dans une éprouvette et du méthane dans un bocal, méthane qui fut enflammé et dont la flamme servit d’éloquente conclusion.

Conséquences scientifiques

Au point de vue purement scientifique, les travaux du docteur Laigret revêtent évidemment une grande importance. Si l’on a pu en dehors des méthodes purement chimiques produire à diverses reprises du pétrole en laboratoire, c’est à notre connaissance au docteur Laigret que revient le mérite essentiel : d’une part, d’avoir obtenu ce résultat avec une bactérie extrêmement répandue à la surface du globe dont on soupçonnait déjà qu’elle participait à la fermentation du pétrole, d’autre part d’avoir démontré que cette bactérie pouvait à elle seule provoquer cette formation, alors qu’on croyait que l’action de diverses bactéries était  reconstituée dans son laboratoire, sinon le processus unique – ce que l’on ignore encore – du moins à coup sûr l’un des processus de formation naturelle du pétrole.

L’action de bactéries anaérobies, c’est à dire agissant à l’abri de l’air et de l’oxygène sur les matières organiques dans les mers intérieures préhistoriques était, en effet, depuis longtemps considérée par beaucoup comme constituant la genèse des nappes pétrolières. Les résultats obtenus par le docteur Laigret confirment en tous points cette hypothèse ce qui n’exclut évidemment pas que d’autres hypothèses puissent dans l’avenir s’avérer également exactes.

Conséquences pratiques

Dans le domaine pratique, les travaux du docteur Laigret pourront avoir une importance plus grande encore.

Comme il l’a précisé lui-même dans sa déclaration, on peut dès à présent considérer plusieurs utilisations principales de sa découverte : la transformation en pétrole et gaz d’une part de l’huile de purghère, d’autre part de gadoues, enfin des ordures, car il est bien entendu qu’il ne saurait être question d’utiliser dans ce but des produits comestibles ou déjà utilisés par l’industrie.

Le purghère – euphorbiacée parent du ricin – ou pignon d’Inde ou encore ricin d’Amérique porte des graines dont l’huile, toxique, entre parfois en partie dans la composition de certains savons ou sert à faire des vernis. Mais cette huile n’est que fort peu employée, et de vastes cultures de purghère, dont on ne sait d’ailleurs s’il s’acclimaterait en Tunisie procuraient d’importantes quantité de pétrole.

En ce qui concerne les gadoues, la question nous intéresse plus directement car il est fort possible que l’usine élévatoire du Borgel s’équipe bientôt pour produire du pétrole et du gaz par fermentation. En effet, la fermentation étant amorcée dans les égouts se poursuivrait dans les bassins de décantation. Sans qu’il soit nécessaire de construire des cuves spéciales. Il n’y aurait à aménager que les installations de distillation et de récupération du gaz méthane avant et après la fermentation.

Enfin il ne faut pas négliger la possibilité de traitement des ordures ménagères d’une ville aussi grande que celle de Tunis, traitement qui serait d’autant plus aisé que la fermentation a des effets meilleurs lorsque des produits divers sont traités ensemble.

Ce ne sont là d’ailleurs que de simples indications, car les domaines dans lesquels pourra s’exercer cette industrie nouvelle, si elle se crée, seront innombrables. Les poissons ne donnent-ils pas environ 70 % de leur poids d’hydrocarbures et les boues du lac de Tunis ne recèlent-elles pas des millions de cadavres de ces poissons ? Les fonds de pile d’huilerie, les déchets de conserverie, tant d’autres éléments considérés jusque là comme bons pour le rebut ne peuvent-ils se transformer subitement en précieux pétrole ?

Quelles que soient dans l’avenir les applications pratiques de la découverte du docteur Laigret, l’institut Pasteur de Tunis, peut s’enorgueillir des travaux de ce savant remarquable qui honore la France et la Tunisie. Au moment où il déclare que ses recherches de laboratoire sont terminées en ce qui concerne l’obtention du pétrole par fermentation, ce qui n’est du reste exact qu’en partie, il est juste de lui rendre un hommage bien mérité.

Il est juste également d’associer à son nom celui de ceux qui, depuis des mois, l’assistent avec dévouement enthousiaste, dans une tâche écrasante : M. Sassi, chimiste, MM. Chaignet et Chedli Bougbaha, préparateurs de l’institut Pasteur, ainsi que monsieur Jouin, du laboratoire des mines, dont l’aide a été précieuse au moment des premiers essais de production du pétrole bactérien.

A ne pas occulter : DangerMicro

 

PRODUCTION DE PETROLE BRUT PAR FERMENTATION DES DECHETS

Le bacille “perfringens”

Bacille perfringens souche A 5029

Clostridium perfringens (anciennement appelé Clostridium welchii) est un bacille Gram positif. La bactérie est immobile, sporulée et anaérobie. Cette bactérie va produire des nécrotoxines, provoquant ainsi l’entérite nécrosante. La toxine majeure la plus fréquente est la toxine alpha, essentiellement produite par Clostridium perfringens type A. Cette toxine est impliquée dans de très nombreux cas de gangrène chez l’homme et les animaux. Seule ou en association avec d’autres toxines, elle cause également des mortalités brutales chez les porcs et les ruminants.

Culture : Les colonies sont rondes de plus ou moins 1 mm, fortement hémolytiques sur gélose au sang, lisses pour Cl. perfringens et souvent irrégulières pour les autres. En gélose profonde, il y a une production de gaz abondante. Les espèces se distinguent entre elles par la détermination des sucres fermentés, la production d’H2S, la coagulation spongieuse du lait et surtout par les toxines produites.

Si l’examen direct a révélé une flore associée, on peut en chauffant à 70 °C éliminer les germes non sporulants. On peut aussi rendre les milieux sélectifs en ajoutant de la néomycine ou de la kanamycine à 100 gamma/ml, antibiotiques qui n’inhibent pas les clostridies. Les milieux les plus utilisés sont le milieu de Rosenow, la gélose profonde au thioglycolate, les géloses au jaune d’œuf ou au sang en jarre pour anaérobiose.

Selon la taxinomie de l’Ecole française, notre sympathique « Perfringens » se nomme précisément Welchia Perfringens ( appelé aussi Clostridium Perfringens ou Clostridium Welchii) et fait partie de la famille des Clostridiales, classe des Sporulales.

C’est une BACTERIE ANAEROBIE STRICTE SPORULANTE qui forme des spores immobiles capsulés.

Germe thermophile ayant une plage de multiplication comprise entre 15° et 50°C avec un optimum entre 40 et 45°C mais certaines souches peuvent se développer vers 6°C.
Supporte une salinité NaCl de 10%
pH optimal de développement : entre 5,5 et 8
Bactérie protéolytique et glycolitique donc gazogène.

Ses caractéristiques labo sont :

Spore subterminale ovale
Bâtonnets Gram +
Catalase : nég
Gélatine : pos
H²S : pos
Lait : CRADextrose : pos
Lactose : pos
Saccharose : pos
Mannitol : nég
Salicine : pos/nég
Glycérol : pos/nég
Indole : nég
Nitrate : pos
Lécithinase : pos
Hémolyse : pos
Amidon sol. : pos

Milieux de culture pour identification : « milieu de WILLIS »

Le Dr Jean Laigret obtient du pétrole par l’action d’un ferment, le bacille “perfringens” sur les matières organiques les plus diverses.

Il fut ainsi amené à observer l’action d’un des bacilles anaérobies les plus communs dans la nature, le bacille perfringens. Les bacilles anaérobies sont des microorganismes capables de vivre dans un milieu privé d’oxygène. Le perfringens possède déjà une certaine notoriété : c’est en effet l’un des microbes les plus importants de la grangrène gazeuse; d’autre part, son action de ferment destructeur de la matière organique aux dépens de laquelle il produit du gaz carbonique et de l’hydrogène est bien connue.

Après avoir multiplié les expérimentations Jean Laigret a pu constater que 100g de savon donnait 75 cm3 de pétrole grâce à l’action du bacille perfringens.

Selon les matières, les résultats varient un peu, par exemple

–  1 tonne d’huile fermentée donne 800 litres de pétrole brut et 200 m3 de gaz combustible
–  1 tonne de déchets de viande donne 450 litres de pétrole et 140 m 3 de gaz
–  Les déchets de poisson fournissent 70 % de leur poids en pétrole,
–  Les écorces d’oranges et de citrons, 37 %,
–  Les feuilles mortes 25 %.

On peut y ajouter les boues d’égouts, auxquelles pourraient s’ajouter les ordures ménagères, les déchets d’abattoirs, sang et animaux malades, plus des algues (l’iode favorisant la fermentation) et les broussailles.

Le pourghère fermentation carburigène 80%

Le pourghère est une sorte de ricin qui pousse à l’état sauvage au Soudan. Son huile est toxique, par conséquent non comestible; elle n’a pas encore trouvé d’emploi bien défini dans l’industrie. Elle s’est montrée fort intéressante dans nos essais de fermentation carburigène : 80 % du poids de cette huile est transformable en carbures.

Des essais furent faits ensuite avec des résidus d’huile d’olive, avec ces boues noires qui se déposent dans les cuves, qu’on appelle les « fonds de piles », et qui sont impropres à la consommation. Les rendements furent les mêmes qu’avec l’huile de bonne qualité.

L’étude ainsi orientée allait se continuer vers toute une série de déchets alimentaires : déchets de viande de boucherie, détritus divers les plus banaux, les pelures des oranges par exemple. Les peaux d’orange soumises à l’action du ferment pétroléïque fournissent près de 38 % de leur poids de carbures : les déchets de viande 47 %.

Le fumier dont on ne tirait jusqu’à présent comme carbure que le gaz méthane, a fourni des carbures liquides. Ceci a pour l’agriculture une importance qui n’a pas besoin d’être soulignée.

Enfin constatation qui dépasse toutes les autres, on tire des quantités importantes de pétrole des boues des égouts. Les expériences ont été faites avec les boues des égouts de Tunis. Ces boues, malgré tout ce qu’elles contiennent de sable, de graviers, d’impuretés diverses non fermentescibles, n’en ont pas moins fourni, tout venant 15 % de leur poids de pétrole brut.

En somme ce sont tous ou quasi tous les déchets de la vie humaine, de la vie animale et de la vie végétale, qui passent à l’état de carbures sous l’effet d’une fermentation convenablement conduite et rationnellement exploitée.

On peut ajouter qu’à priori, une fois les installations aménagées, le prix de revient du pétrole de fermentation sera celui du pétrole naturel diminué des frais des forages.

Les rendements en hydrocarbures de divers produits

Selon ses calculs les huiles végétales ont des rendements sensiblement égaux quelles que soient ces huiles. Elles donnent 800 litres de pétrole brut et 200 m3 de gaz combustible par tonne traitée.
Les déchets de viande de cuisine fournissent 450 litres de pétrole brut et 146 m3 de gaz par tonne.
Les peaux séchées d’oranges et de citrons donnent 187 litres de pétrole brut et 300 m3 de gaz par tonne(dans ce cas, le rendement en gaz combustible est égal à celui d’une houille de qualité supérieure, le pétrole étant fourni en plus).
Les fumiers d’animaux (lapin notamment) ont fourni 112 litres de pétrole brut et 265 m3 de gaz par tonne.
Des prélèvements faits aux divers niveaux des cuves de décantation des égouts, il résulte qu’avec une tonne de ces déchets soumis à la fermentation on obtient 185 litres de pétrole brut et 124 m3 de gaz combustible.
Mais il faut remarquer en ce qui concerne ce volume de gaz que la fermentation spontanée des égouts a éliminé au préalable une quantité inconnue et certainement importante de gaz méthane.

La composition moyenne des pétroles bruts obtenus par fermentation des diverses matières organiques est toujours sensiblement la même et semblable à celle des pétroles naturels. D’après la moyenne des expériences, cette composition est de 40 % d’essences dites commercialement « tourisme » et « poids lourds », 45 % d’huiles lourdes constituant le « gaz oil », les « guel oils » et les graisses à moteurs, cependant que 5 % du pétrole brut se résout en gaz de cracking et qu’il reste 5 % d’eaux résiduelles très fortement ammoniacales et récupérables pour la fabrication des sulfates d’ammoniaque utiles à l’agriculture.

On peut noter encore parmi les produits de fermentation du coke. De plus, en conduisant cette fermentation d’une certaine manière, il a été possible d’obtenir à partir de gadoues un goudron et une sorte d’asphalte et à partir de l’huile de lin un brai asphaltique qui a donné à la distillation 56 % de son poids de pétrole, ce qui pourrait peut-être devenir l’origine d’une manière pratique de transporter les produits fermentés sous forme solide avant distillation.

A signaler enfin un sous produit hors du cycle de la fermentation au cours des essais sur les feuilles mortes : une résine pouvant constituer un excellent vernis.

Conséquences pratiques

Dans le domaine pratique, les travaux du docteur Laigret pourront avoir une importance plus grande encore.

Comme il l’a précisé lui-même dans sa déclaration, on peut dès à présent considérer plusieurs utilisations principales de sa découverte : la transformation en pétrole et gaz d’une part de l’huile de purghère, d’autre part de gadoues, enfin des ordures, car il est bien entendu qu’il ne saurait être question d’utiliser dans ce but des produits comestibles ou déjà utilisés par l’industrie.

Le purghère – euphorbiacée parent du ricin – ou pignon d’Inde ou encore ricin d’Amérique porte des graines dont l’huile, toxique, entre parfois en partie dans la composition de certains savons ou sert à faire des vernis. Mais cette huile n’est que fort peu employée, et de vastes cultures de purghère procuraient d’importantes quantité de pétrole.

En ce qui concerne les gadoues, la fermentation étant amorcée dans les égouts se poursuivrait dans les bassins de décantation. Sans qu’il soit nécessaire de construire des cuves spéciales. Il n’y aurait à aménager que les installations de distillation et de récupération du gaz méthane avant et après la fermentation.

Enfin il ne faut pas négliger la possibilité de traitement des ordures, traitement qui serait d’autant plus aisé que la fermentation a des effets meilleurs lorsque des produits divers sont traités ensemble.

Ce ne sont là d’ailleurs que de simples indications, car les domaines dans lesquels pourra s’exercer cette industrie nouvelle, si elle se crée, seront innombrables. Les poissons ne donnent-ils pas environ 70 % de leur poids d’hydrocarbures. Les fonds de pile d’huilerie, les déchets de conserverie, tant d’autres éléments considérés jusque là comme bons pour le rebut ne peuvent-ils se transformer subitement en précieux pétrole ?

L’imagination a la possibilité de se donner libre cours, en attendant que l’expérience nous dise ce qui est faisable et rentable et ce qui ne l’est pas.

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