Digression quasi-mortelle

Pourquoi appeler un défunt « feu » s’il n’a pas été incinéré ?

Lors d’un incident corporel violent, le cerveau se met en état d’urgence. Il interprète qu’il y a un danger et met en place un protocole chimico-physico-hormonal de survie. Ce protocole imprime certaines images accessibles partiellement par notre conscience, comme lors d’un rêve. Suivant les cas, ces images restent en mémoire.

La première étape est de faire le point sur l’état de la mémoire une sorte de check-list d’autotest du contenu stocké. Ce qui soumet à la conscience la perception de la succession accélérée des données sous forme d’images voire de sons. D’où le « défilement de toute sa vie devant ses yeux ». Ensuite vient la gestion du flux sanguin, qui comme en état d’hypothermie doit être prioritairement dirigé vers le cerveau. D’où l’effet « tunnel », car la conscience est mise en veille pour économiser l’énergie cérébrale vitale. Enfin la fameuse lumière qui semble-t-il correspond à une réaction cérébrale ultime, comme le flash d’un fusible. Ce type de réaction est ressentie aussi lors d’un coup violent sur la tête avant la perte de connaissance.

Voilà pour l’explication hyper simplifiée des faits relatés par les personnes ayant vécu une expérience de mort imminente.

Nous sommes face à une expérience traumatisante où la peur laisse des séquelles.

Automatiquement, l’humain cherche à se préserver de cette émotion extrême par un subterfuge, comme souvent dans les expériences psychologiquement traumatisantes.

D’où l’utilisation réconfortante du mysticisme. Le mysticisme qui permet de combler l’ignorance de l’individu et de le rassurer.

L’imagination de la victime fait donc le reste. Il associe ces visions à un chemin vers un au-delà religieux et de ce fait transforme son expérience néfaste en une révélation extraordinaire.

Avoir vécu une expérience particulière et dangereuse et l’enjoliver lui permet d’enfiler un costume de « surhomme » possédant comme un pouvoir d’immortalité. Souvent ils se découvrent une mission de transmission d’un message d’amour ou de connaissance Universelle. D’une personne lambda, il passe au rang d’une personne extraordinaire, celui qui sait ou du moins qui a expérimenté. Tout ça validé par d’autres personnes qui ont vécu le même genre d’expérience, les symptômes sont les mêmes et souvent aussi associés à une expérience mystique, mais en fait ce n’est rien d’autre qu’une action physiologique d’auto-préservation systémique, suivie d’une réaction émotionnelle associée à une tendance mystique complétée par un besoin de reconnaissance appuyée sur une mythique expérience messianique. Je suis encore là, et je veux le faire savoir.

Il existe aussi des cas de décorporation. Ces cas ne sont semble-t-il pas associés à un trauma violent, mais plutôt à un état statique comme sur un lit d’hôpital. A part les plus religieuses, les personnes ayant vécu cet état, ne l’associent que rarement à une expérience mystique, ce qui tend à valider l’association du choc émotionnel violant associé à la peur panique de sa vulnérabilité et l’interprétation de cet épisode en une expérience mystique réconfortante et valorisante.

Une autre manifestation semble être relativement fréquente en maison de retraite où les personnes âgées en fin de vie dialoguent avec des fantômes. Ces épisodes sont si réalistes que des professionnels de la santé ne peuvent s’empêcher de tomber dans des interprétations paranormales. Les acteurs de ces échanges sont tout simplement soumis à un double phénomène de désinhibition et de nostalgie, qui par un mécanisme d’autodéfense recherche un dernier réconfort avant de partir. Ce ne sont pas à proprement parlé des hallucinations inquiétantes, mais une sorte d’auto suggestion apaisante, comme une répétition avec un partenaire fictif.

Pour être mort « cliniquement » et « psychologiquement » plusieurs fois, j’en retiens que le cerveau est une machine extraordinaire, qu’une fois rétablit la vie est toujours la même, que l’homme a beaucoup d’imagination et quoi qu’il arrive on ne peut jamais regretter d’être mort.

Conclusion : le bon dieu et ses anges ne sont qu’une affaire de vivants. La mort n’est qu’une affaire de bactéries, d’insectes et de recyclage.

[DA] Extrait de “DIGRESSIONS ANATOMIQUES”, Digression quasi-mortelle.
Pourquoi appeler un défunt « feu » s’il n’a pas été incinéré ?

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